25 mars 2007

La société de l'information 2.0

L'engouement que suscitent aujourd'hui les nouveaux outils de publication sur Internet (blogs, wikis, CMS, podcasts, vlogs, etc.) nous invite à questionner leur impact sur la production, la diffusion et la réception de l'information, dans une «société de l'information» qui porte de mieux en mieux son nom.

I. TIC : DE NOUVELLES FONCTIONNALITÉS

A. La désintermédiation
Grâce au web, lecteur et auteur, acheteur et vendeur, citoyen et responsable politique peuvent entrer en relation directement.

B. Des médias "à la carte"
Des agrégateurs de contenus aux plate-formes vidéo, comme YouTube (propriété de Google) ou Dailymotion, la Toile offre maintenant autant de médias qu'il y a d'internautes.

C. Blogs et wikis
Quand l'échange, le partage et la création collaborative (all to all) supplantent la relation pyramidale (one to all) instaurée par les médias traditionnels.

II. VERS L'E-DÉMOCRATIE ?

A. Un contre-pouvoir citoyen
Face aux pouvoirs publics et privés, les nouveaux outils de publication sur le web apparaissent comme un véritable contre-pouvoir.

B. Validation a posteriori
Au modèle de la validation a priori succède un nouveau modèle de validation, fondé sur la modération collective des «écri-lecteurs».

C. Esclavage 2.0
Désappropriation de nos vies, googelisation de nos données personnelles et professionnelles, travail non rémunéré... tels sont les dangers que certains pointent du doigt.

Un article récent de Frédérique Roussel paru dans Libération le 23 mars évoque le formidable succès d'Agoravox, «le média citoyen», première plate-forme multimédia mise à la disposition de tous pour diffuser des informations inédites ou s'exprimer sur de grands sujets de société. «L'expérience Agoravox, écrit la journaliste, prouve d'abord l'existence d'un bouillonnement participatif dans une société critique envers les politiques et les médias.»

18 mars 2007

L'impact des médias

Chercheurs et analystes se sont très tôt intéressés aux effets que les médias peuvent produire sur l'opinion publique. À une vision un peu simpliste, postulant une manipulation des consciences à grande échelle, ont succédé des travaux plus rigoureux, s'appuyant sur des enquêtes chiffrées, qui relativisent l'influence des médias.

I. LA THÉORIE DE L'EMPRISE

A. L'illusion de la toute-puissance
Harold Lasswell s'enflamme pour les médias, capables selon lui d'inoculer n'importe quelle valeur à une foule atomisée et passive (1927).

B. Une influence contestée
Les enquêtes menées dans le cadre de la Mass Communication Research dès les années 40 remettent sérieusement en question l'impact direct des messages médiatiques sur le récepteur.

II. L'APPROCHE FONCTIONNALISTE

A. Un processus en deux étapes
Les enquêtes dirigées par Paul F. Lazarsfeld et son équipe dans les années 40-50 montrent l'importance des relais ou des leaders d'opinion dans le processus de communication (théorie du two-step flow).

B. Les médias comme activateurs de débats
S'ils ne nous disent pas ce que nous devons penser, ils nous disent néanmoins quotidiennement à quoi nous devons penser (théorie de l'agenda setting).

C. Ce que les gens font des médias
Elihu Katz s'est penché sur les usages que les récepteurs font des médias et sur les gratifications qu'ils retirent de leurs pratiques médiatiques (théorie des Uses and Gratifications).

III. L'HÉGÉMONIE DES INDUSTRIES CULTURELLES

A. La notion d'industrie culturelle
Pour Adorno et Horkheimer, la production industrielle des biens culturels entraîne une standardisation des esprits et des goûts.

B. Des instruments de domination ?
Médias et programmes sont contrôlés par quelques «multinationales de la communication» qui diffusent ainsi normes et modèles culturels à l'échelle planétaire.

Musclé et décapant, cet article d'Ignacio Ramonet paru en octobre 2003 dans Le Monde diplomatique dénonce les «archipouvoirs des mégagroupes médiatiques de notre temps» et suggère la création d'un «cinquième pouvoir» pour que soit garanti le droit à une «information non contaminée».

12 mars 2007

Le discours informatif

Discours d'une espèce bien particulière, le discours d'information médiatique a su tirer profit de tous les progrès réalisés dans les domaines du son, de l'image et de la transmission des données. Les médias audiovisuels sont désormais capables de couvrir, à chaud, n'importe quel événement dans n'importe quel point du monde. Mais si l'information a gagné en vitesse, elle n'a pas nécessairement gagné en fiabilité. L'impératif du « scoop », dans un contexte fortement concurrentiel, multiplie les risques de désinformation.

I. DES CONTRAINTES SITUATIONNELLES

A. Un contrat de communication spécifique
Le discours informatif s'engage à faire connaître au public les faits marquants de l'actualité dans leur nouveauté, leur immédiateté et leur authenticité.

B. Les agences de presse
Censées fournir aux médias l'information « brute », elles agissent comme des filtres, effectuant un premier tri et orientant les analyses à venir. Pour exemple, découvrez ici le « fil » de l'AFP.

C. Des critères communs
Communs à l'ensemble des médias d'information : des critères d'actualité, de proximité et de sensationnalisme (à des degrés divers).

II. LA « CONSTRUCTION » DE L'ÉVÉNEMENT

A. Saillance et prégnance
Un fait d'actualité ne peut accéder au statut d'événement qu'à certaines conditions.

B. Un réel déjà prédécoupé
L'événement doit pouvoir s'insérer dans l'une des catégories, ou rubriques, de l'espace rédactionnel.

C. Mise en intrigue, mise en discours
L'événement-dépêche est réécrit et scénarisé en fonction des attentes présumées du public-cible.

III. DES VISÉES CONTRADICTOIRES
Prise entre la volonté d'informer et le souci de séduire, l'information médiatique doit concilier des stratégies contradictoires, selon l'analyse de Patrick Charaudeau.

A. Des stratégies de crédibilité
Pour emporter la confiance du récepteur, seront recherchés des effets d'authenticité et de vérité.

B. Des stratégies de séduction
Mais il s'agit aussi de toucher l'émotivité du récepteur, par la mise en œuvre d'effets de dramatisation et/ou de ludisme.

C. Une légitimité sans cesse menacée
L'exercice d'information est périlleux, le récepteur pouvant à tout moment retirer sa confiance.

Auteur des Petits Soldats du journalisme (2003), le journaliste François Ruffin dénonce, dans cet article paru dans Le Monde diplomatique en février 2003, l'enseignement dispensé par les écoles de journalisme, qu'il accuse de fabriquer « en série » des professionnels résignés à produire une information fade et dégradée.

04 mars 2007

Problématiques de la réception

Récepteurs, consommateurs, audience, public... Issues du courant des ‘Uses and Gratifications’, de nombreuses recherches sont menées à partir des années 70 sur la façon dont les «récepteurs» vivent et s'approprient les médias. L'observation des spectateurs et l'analyse minutieuse des discours qu'ils tiennent sur leurs pratiques médiatiques nous enseignent que la réception des médias fait l'objet d'une véritable négociation sociale et identitaire.

I. PRODUCTION DE SENS ET INTÉGRATION CULTURELLE

A. Des récepteurs actifs
Contrairement à ce que laisse croire le modèle de Shannon et Weaver, le récepteur ne se contente pas de recevoir passivement l'information.

B. Lectures préférentielles
Pour Stuart Hall, codage et décodage sont rarement symétriques; à côté du décodage de négociation (message partiellement reçu, ou adapté localement par le récepteur), on trouve le décodage d'opposition (refus d'adhérer, rejet des contenus).

C. L'esthétique de la réception
Hans-Robert Jauss introduit en 1967 la notion d'horizon d'attente : le plaisir de la lecture naît d'un dialogue complice avec le lecteur.

II. ANALYSE DES PRATIQUES TÉLÉVISUELLES
Sur la consommation de la télévision, les clichés abondent. Notamment celui selon lequel le public resterait «scotché» face à son poste de télévision, piégé par la force des images.

A. Un objet fuyant
Le téléspectateur ne se laisse pas facilement étudier — preuve qu'on peut faire partie de l'audience sans faire partie du public d'une émission !

B. Un objet central
Au centre des foyers, au centre des conversations, au centre de la société, la télévision est omniprésente.

C. Des pratiques contextualisées
La réception télévisuelle dépend beaucoup de l'environnement relationnel dans lequel elle s'inscrit (contexte de visionnement).

Les travaux de la sociologue Dominique Pasquier, spécialiste des usages des médias, sont partout cités. On pourra lire sur le site de la revue CLIO un compte rendu de son livre La Culture des sentiments (livre consacré en 1999 au succès de la série Hélène et les garçons), ou bien télécharger, sur le site du CNRS, cet excellent article sur les difficultés méthodologiques que posent les études sur la réception de la télévision.

12 février 2007

Propagande et manipulation des masses

Contrairement à une idée reçue, les régimes totalitaires ne sont pas les seuls à recourir à cette forme de manipulation médiatisée qu'on appelle la propagande. Nos démocraties y succombent également, soucieuses de convaincre leurs opinions publiques du bien-fondé de leurs actions.

I. DANS L'UNIVERS DU MENSONGE

A. La persuasion médiatisée
À côté des formes de persuasion dure (propagande politique), il existe de multiples formes de persuasion douce, sans doute moins visibles mais tout aussi efficaces.

B. La parole manipulatoire
Dans La Parole manipulée (2000), Philippe Breton définit la manipulation comme «mensonge organisé, privation de liberté de l'auditoire et outil pour vaincre sa résistance.»

C. Les techniques de la manipulation
Elles consistent soit à jouer sur les affects de l'auditoire, soit à fabriquer de faux raisonnements destinés à le tromper.

II. L'ÈRE DES FOULES

A. La psychologie des foules
Selon Gustave Le Bon (La Psychologie des foules, 1895), la foule est dotée d'une sorte d'«âme collective» qui rend les individus qui la composent particulièrement crédules et influençables.

B. Le viol des foules
Viol que la propagande politique réussit à perpétrer en se greffant en quelque sorte sur l'inconscient collectif de la foule (Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, 1939).

III. LA PROPAGANDE POLITIQUE

A. Les mass media au service de la manipulation des masses
Profitant de l'explosion des médias de masse, la propagande est passée, au XXe siècle, du stade artisanal au stade industriel!

B. Ses caractéristiques internes
La propagande politique obéit à des règles internes et externes (Jean-Marie Domenach). Parmi les premières, la règle de la simplification, du grossissement, de l'orchestration et de la contagion.

C. Ses caractéristiques externes
Pour être efficace, la propagande doit respecter, à l'égard de ses publics, des règles d'opportunisme, de polyvalence et de globalité.

«La propagande de Goebbels, dira Hitler, est une de nos armes de guerre les plus efficaces.» Vous trouverez sur Wikipédia la biographie de Goebbels et sur HSGM, site consacré à l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreuses affiches de propagande, tant au service de l'Axe qu'au service des Alliés.

28 janvier 2007

Signe, sémiotique et sémiologie

Le sémiologue, dit Umberto Eco, est celui qui voit du sens là où les autres ne voient que des choses. En effet, associée aux noms de Peirce, Saussure, Hjelmslev, Greimas et quelques autres, la sémiologie s'intéresse à la façon dont le sens est produit et interprété.

I. ORIGINES ET OBJET DE LA SÉMIOLOGIE
Les sciences du signe se sont développées à partir de deux sources indépendantes : la sémiotique de l'américain Charles Sanders Peirce et la sémiologie du suisse Ferdinand de Saussure.

A. L’approche américaine
La sémiotique peut être définie comme la théorie générale des signes et de leur articulation dans la pensée (Peirce).

B. L’approche européenne
Une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale, qui nous apprend en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent : c'est ainsi que Saussure définit la sémiologie.

II. LE CONCEPT DE SIGNE

A. Une chose pour une autre
Une chose est perçue qui renvoie à une autre chose qui n'est pas là : tel est d'abord le signe.

B. Une entité à deux facesLe signe linguistique est une entité double formée par la combinaison d'un signifiant et d'un signifié (voir sa définition dans l'article de Wikipédia).

C. Icone, indice, symbole
Peirce classe les signes en fonction du rapport qu'ils entretiennent avec les choses qu'ils désignent.

III. LA SÉMIOLOGIE DE L'IMAGE

A. L'articulation des faits de langage
Les unités du discours prennent sens à partir de deux axes : l'axe syntagmatique et l'axe paradigmatique.

B. Les objets comme supports de signification
L'assemblage de configurations signifiantes dans une image nous autorise à l'analyser comme un discours (Barthes).

Pour ceux qui seraient tentés d'aller plus loin, la Toile regorge de ressources. Entre autres, un glossaire de sémiotique que l'on doit à Pascal Vaillant, ou bien, plus parlant peut-être, un exemple d'analyse sémiologique appliquée aux images publicitaires.

18 janvier 2007

De la rhétorique au discours publicitaire

Y a-t-il, comme l'a soutenu Platon, un usage illégitime du langage quand il est employé aux fins de séduire, de manipuler ou d'ensorceler l'auditeur ? Les questions suscitées par la rhétorique à ses débuts se posent aujourd'hui avec plus de gravité encore, à l'heure où les techniques de persuasion ont envahi tous les domaines de notre vie sociale.

I. L'EMPIRE DU DIRE

A. Rhétorique et démocratie
Pourtant née de la démocratie, la rhétorique la menace sans cesse de ruine, sous ses formes tyranniques ou démagogiques.

B. L'instrument de la persuasion
La rhétorique est « la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader » (Aristote, Rhétorique).

C. Convaincre pour vaincre
Pour plaire, séduire et dominer, une seule arme désormais : la parole.

II. LES MOTS DE LA PUBLICITÉ

A. Le mensonge originel
Des produits créés pour satisfaire des besoins... suscités par la publicité même de ces produits !

B. Des leviers multiples
Capter l'attention, séduire, impliquer, fidéliser le récepteur-consommateur : tels sont les objectifs que doit atteindre, en quelques mots, le slogan publicitaire.

C. L'humour
La publicité humoristique instaure une sorte de connivence entre le récepteur et l'émetteur — connivence censée rejaillir sur la perception du produit.

À lire, de Philippe Breton, l'auteur de L'Argumentation dans la communication (La Découverte, 2003), cette intéressante contribution parue dans Le Monde en avril 2004 : «La "pub" est-elle bienfaisante ou nocive ?» sur l'ambivalence du discours publicitaire.

15 janvier 2007

McLuhan, prophète du village planétaire

Auteur de formules chocs qui ont fait le tour du monde, le sociologue canadien Herbert Marshall McLuhan (1911-1980) est l'homme qui, dès les années 60, a prédit l'arrivée d'Internet. Fondateur à l'université de Toronto du Center for Culture and Technology, il s'est principalement consacré à l'étude de l'impact des moyens de communication sur la culture et la société.

I. UN DÉTERMINISME TECHNOLOGIQUE

A. Les quatre âges de l'humanité
Ce sont nos techniques de communication qui déterminent nos modes de perception et de connaissance. À chaque âge son medium, de la parole aux médias électroniques.

B. Un modelage mutuel
Nous façonnons des outils qui, à leur tour, nous façonnent...

C. World is a global village
Un « village global » où chacun serait en relation avec chacun. McLuhan en a rêvé; Internet l'a fait !

II. UNE GRAMMAIRE DES SUPPORTS

A. Des prolongements du corps humain
Plus qu'un moyen, le medium est une prothèse de l'œil, de la main, de l'oreille et, au-delà, du système nerveux.

B. « Le medium EST le message »
L'essentiel n'est pas dans le contenu transmis, mais dans le mode de transmission.

III. VOTRE MEDIUM : CHAUD OU FROID ?

A. Les médias chauds
Caractérisés par leur forte définition, ils laissent peu d'initiative au récepteur.

B. Les médias froids
Caractérisés par leur faible définition, ils incitent le récepteur à s'impliquer.

Ce mélange d'idolâtrie technophile et d'utopie libertaire a donné naissance à ce qu'on appelle «l'idéologie californienne». Un article de la revue Hermès, signé de Richard Barbrook et Andy Cameron, montre les contradictions et les limites de cette idéologie qui a depuis peu gagné la jeunesse européenne.

15 décembre 2006

La dynamique des groupes

La « dynamique des groupes » vise à comprendre les mécanismes complexes du fonctionnement des groupes pour en tirer des applications dans la vie professionnelle et quotidienne. Cette discipline nouvelle, à la frontière de la psychologie et de la sociologie, naît officiellement en 1945, avec la création, par l'américain d'origine allemande Kurt Lewin (1890-1947), du Research Center on Group Dynamics au MIT (Massachusetts Institute of Technology).

I. LE GROUPE ET LES GROUPES

A. Un nouveau champ de recherches
Un groupe ne se réduit pas à la somme des individus qui le composent. C'est un ensemble dynamique dont les performances dépendent principalement des interactions entre ses membres.

B. Où commence le groupe ?
Dans le groupe dit « primaire », chaque individu peut entrer directement en contact avec tous les autres membres du groupe.

II. L'ÉVOLUTION DU GROUPE
Le groupe traverse différentes étapes (définition, convergence, divergence, coopération), mais il peut toujours s'enliser ou exploser en cours de route.

A. Du point de vue des interrelations
Il s'agit d'atteindre et de maintenir la cohésion dans le groupe (cohésion menacée, dans la phase de divergence, par les conflits interpersonnels).
B. Du point de vue du pouvoir
La compétition entre les candidats au leadership peut entraîner le groupe dans une escalade fatale.

C. Du point de vue de la productivité
Définition des tâches, répartition des tâches et respect de l'échéancier seront les points à surveiller prioritairement.

III. LA COHÉSION DU GROUPE

A. Les facteurs de cohésion
La poursuite d'un but commun, la satisfaction de certains besoins sociaux et la force des attractions interpersonnelles renforcent la cohésion du groupe.

B. Les dangers d'une trop grande cohésion
Parmi les symptômes de la « pensée de groupe » (groupthink), on trouve le sentiment d'invulnérabilité, la fausse unanimité ou encore la dépendance vis-à-vis d'un leader charismatique.

Le site mbao ("ma boîte à outils pour booster la communication des collectivités locales") propose quelques pages intéressantes sur la dynamique des groupes.

10 décembre 2006

Comme au théâtre

À partir d'une intuition somme toute assez banale — le monde est un théâtre —, le sociologue canadien Erving Goffman (1922-1982) a développé un savoir original sur les multiples interactions à travers lesquelles les individus se reconnaissent mutuellement et en permanence comme des êtres sociaux. Attentif aux petits signes grâce auxquels nous indiquons à notre public le personnage [la personne] que nous jouons [que nous sommes], il a notamment porté son regard sur nos échanges quotidiens (La mise en scène de la vie quotidienne, 1959) ou sur les relations entre les personnes dites «normales» et les personnes dites «handicapées»(Stigmate, 1963).

I. L'ANALYSE DU QUOTIDIEN

A. Des interactions socialement déterminées
Les rapports sociaux reposent sur des simulacres : le patron interprète le rôle du patron face à un employé qui, feignant de voir en son interlocuteur un patron, joue son rôle d'employé.

B. L'exemple de la stigmatisation
C'est le stigmatisé qui porte seul la responsabilité du fonctionnement de l'interaction.

II. SOUS SON MEILLEUR VISAGE

A. La théorie des « faces »
Par sa tenue, son maintien, sa façon de parler, etc., chaque personne construit une face qui est représentation de soi sur la scène sociale.

B. Le maintien de l'ordre interactionnel
Les partenaires de l'échange doivent coopérer pour qu'aucun d'eux ne perdent la face.

III. DES ÉCHANGES FORTEMENT RITUALISÉS

A. Le cérémonial des rencontres
De la nécessité d'un «consensus temporaire» sur la distribution des rôles.

B. Les différents types de rituels
Ces rituels (d'accès, de confirmation ou de réparation) sont destinés à mettre la relation à l'abri de conflits trop coûteux.

Pour ceux que la notion de stigmate intéresserait, une longue fiche de lecture du livre de Goffman (Stigmate) peut être téléchargée au format pdf à cette adresse.

17 novembre 2006

L'analyse transactionnelle

Dérivé de l'approche systémique, le modèle transactionnel, mis au point par le docteur Éric Berne (1910-1970) dans les années 50, a connu un succès prodigieux aux États-Unis et en Europe. Il est encore abondamment utilisé, notamment dans les thérapies du changement personnel. Son originalité : analyser toute communication interpersonnelle à partir de la notion de transaction.

I. UNE THÉORIE DE LA PERSONNALITÉ

A. Les trois états du moi
La personnalité de chacun de nous est composée de trois «états du moi» : l'état du moi Parent, l'état du moi Adulte et l'état du moi Enfant.

B. Les sous-états
Les états du moi Parent et Enfant se subdivisent eux-mêmes en plusieurs sous-états : Parent Critique, Parent Nourricier, Enfant Soumis, Enfant Rebelle, Enfant Spontané.

C. Éléments pour un diagnostic
Notre attitude, nos gestes, notre voix, nos mots trahissent notre «état» du moment.

II. LES TRANSACTIONS

A. Le modèle transactionnel
La communication entre deux personnes met en jeu des transactions entre les états de leur moi respectifs au moment de l'échange.

B. Typologie des transactions
Elles peuvent être horizontales, obliques ou croisées, mais les plus pernicieuses d'entre elles sont sans doute les transactions dites «à double fond».

III. POSITIONS ET SCÉNARII DE VIE

A. Êtes-vous OK ?
La valeur qu'on prête aux autres et à soi-même déterminent quatre «positions existentielles».

B. Non, tout n'est pas joué !
Ou comment corriger des scénarios catastrophes élaborés dans la petite enfance.

Ceux qui souhaitent en savoir davantage sont invités à butiner le site de l'IFAT (Institut Français d'Analyse Transactionnelle), sur lequel ils retrouveront les principaux concepts de l'AT, ses origines, ses ouvrages fondateurs, ainsi qu'un précieux dictionnaire.

11 novembre 2006

La communication non verbale

Il y a ce que nous disons à haute et intelligible voix (communication verbale), et ce que nous «disons» silencieusement avec nos regards, nos mimiques, nos gestes, nos vêtements, etc. Comme on le devine, le champ de la communication non verbale est infiniment plus étendu que celui de la communication strictement verbale. Et ceux qui, dès les années 50, l'ont exploré viennent encore une fois d'horizons variés : psychologie, psychiatrie, anthropologie, sociologie, éthologie.

I. UN PHÉNOMÈNE COMPLEXE ET MULTIDIMENSIONNEL

A. Tout ce qui «parle» à notre place
Regards, intonations, mouvements et attitudes en disent souvent plus long que nos propres discours...

B. Les signes non verbaux
Signaux paralinguistiques ou messages du corps, ils jouent un rôle essentiel dans la communication interpersonnelle.

C. Les fonctions de la CNV
La CNV renforce ou illustre le message verbal, quand elle ne le contredit pas, tout simplement.

D. Une grammaire des gestes
Fondée par l'anthropologue américain Ray Birdwhistell en 1952, la kinésique est l'étude systématique des faits gestuels.

II. LA DIMENSION CACHÉE DE LA COMMUNICATION

A. La territorialité
Le zoologiste Desmond Morris distingue trois sortes de territoire : le territoire tribal, le territoire familial et le territoire personnel.

B. L'organisation de l'espace
Certaines configurations spatiales favorisent les contacts humains, d'autres les rendent presque improbables.

C. Un prochain plus ou moins lointain
La proxémique, inventée par Edward T. Hall, s'intéresse à l'usage que l'homme fait de l'espace en tant que moyen de communication culturellement déterminé (The Hidden Dimension, 1966).

D. Le «choc culturel»
La communication interculturelle doit intégrer les enseignements de la proxémique.

Lors d'un entretien d'embauche, tous les gestes du postulant sont passés au crible : sa démarche, son timbre de voix, sa poignée de main, les expressions de son visage, l'activité de ses jambes sous le fauteuil... Pour se préparer à l'épreuve, mieux vaut donc savoir comment se forge ce qu'on appelle la «première impression».

03 novembre 2006

L'approche systémique

Connu sous le nom d'«École de Palo Alto » (petite ville située dans la banlieue de San Francisco, en Californie), ce groupe rassemblant linguistes, anthropologues, psychiatres et sociologues, a renouvelé l'approche des relations interpersonnelles. Parmi eux : Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson.

I. LES RÈGLES DE LA COMMUNICATION INTERPERSONNELLE

A. Une approche pragmatique

Ou comment réussir à établir avec autrui une relation satisfaisante ou — pourquoi pas — une relation non satisfaisante...

B. La métaphore de l'orchestre
La perspective psychologique est abandonnée au profit d'une perspective interactionnelle : communiquer, c'est entrer dans l'orchestre !

C. Les axiomes de Watzlawick
Axiome 1 : On ne peut pas ne pas communiquer;
Axiome 2 : Toute communication peut s'analyser sous le double aspect du contenu et de la relation;
Axiome 3 : La nature de la relation dépend de la façon dont les partenaires ponctuent la séquence de communication;
Axiome 4 : Toute communication est ou symétrique ou complémentaire.

II. DE NOUVELLES PRATIQUES THÉRAPEUTIQUES

A. Le piège du double lien
Identifié par Bateson, ce système de communication contradictoire (exemple : «J'exige que tu me désobéisses!») piège les partenaires dans une relation pathologique.

B. Les cercles vicieux de l'interaction
Quand le système familial produit et entretient la maladie d'un de ses membres.

C. Changer les règles, pour changer le jeu
Efficace, le recours à la métacommunication, ou communication sur la communication.

Rendez-vous sur le site du magazine Psychologies, pour tout savoir sur les thérapies familiales (article de Laurence Lemoine @ Psychologies.com).

19 octobre 2006

La théorie de l'information

On la doit à un mathématicien américain travaillant dans les laboratoires de la Bell Telephone Company à la fin des années 40 : Claude Shannon.

I. POUR UNE TRANSMISSION "HAUTE FIDÉLITÉ"

A. Le schéma canonique

Cinq éléments composent la chaîne de transmission : la source d'information, le transmetteur qui «encode» le message, le canal au sein duquel le message est transporté, le récepteur qui «décode» le message et, à l'extrémité de la chaîne, le destinataire.

B. Réduire l'incertitude
Moins un message est prévisible, plus il contient d'informations.

C. Bruit et redondance
Répéter certaines choses, pour être bien entendu (= la partition de tout enseignant !)

D. Quel feed-back ?
Quand la réaction du récepteur influe sur le message de l'émetteur.

Un système autorégulé où le feed-back est assuré par un simple flotteur : la chasse d'eau (image empruntée au Principia Cybernetica Web).

II. UN MODÈLE NETTEMENT RÉDUCTEUR

A. Spécificité de la communication humaine
La théorie de l'information ne tient pas compte du sens et de l'utilité des messages.

B. Langue et code
Ambigus, nos énoncés se prêtent souvent à plusieurs lectures ou interprétations.

C. L'oubli du facteur humain
L'information n'est jamais simplement transmise, mais construite activement par les protagonistes du dialogue.

On trouvera, sous la plume de Daniel Chandler (et en anglais), une excellente critique du modèle de la communication comme transmission.

10 octobre 2006

Bienvenue dans la «communication-monde»

Nous ne sommes pas entrés seulement dans une ère de communication universelle et globalisée, mais dans une «communication-monde» (la formule est d'Armand Mattelart, auteur en 1992 d'un ouvrage éponyme) qui structure désormais l'espace social, avec ses géants, ses seigneurs et ses laissés-pour-compte.

I. GÉNÉALOGIE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE LA COMMUNICATION
Le développement des NTIC a été rendu possible par le mariage, dans la seconde moitié du XXe siècle, de trois secteurs ou territoires jusque-là indépendants les uns des autres :

A. Les médias
Historiquement attachés à la libre circulation des pensées et des opinions

B. Les télécommunications
Leur souci : acheminer les messages de façon fiable et rapide

L'invention du télégraphe optique par les frères Chappe en 1793 marque le début des télécommunications en France (toutes les précisions sont sur le site telegraphe-chappe.com).

C. L'informatique
Ou le rêve d'un automate capable de tout calculer

II. MARIAGE D'AMOUR OU DE RAISON ?

A. Des divergences profondes
Les acteurs de ces trois territoires ne partagent ni la même culture ni la même vision de la technique.

B. Quelle information ?
Journalistes, informaticiens et spécialistes des télécommunications parlent tous d'information... Mais parlent-ils bien de la même chose ?

C. Le paradigme digital
Et si le monde pouvait s'écrire en une suite de 0 et de 1...

III. LES PIÈGES DE LA SOCIÉTÉ DE COMMUNICATION

A. Du mythe...
Celui d'une humanité réconciliée par la grâce de la communication

B. ... à la réalité
Une «société fortement communicante, mais faiblement rencontrante», selon Philippe Breton

La mondialisation, c'est aussi, souligne Ignacio Ramonet dans cet article paru en octobre 2003 dans Le Monde diplomatique, « la mondialisation des médias de masse, de la communication et de l'information. » Face aux « archipouvoirs des mégagroupes médiatiques de notre temps », l'auteur appelle de ses vœux la contre-offensive d'un « cinquième pouvoir ».

Impensable, n'est-ce pas ?

Est-il un instant pensable qu'en 2006, un cours consacré aux théories de la communication n'ait pas son prolongement sur la Toile, sous la forme d'un blog où l'on pourrait trouver pêle-mêle plans de cours, bibliographie, textes, commentaires avisés et liens à suivre pour devenir plus savant ?

Ce lien, Théories de la com, placé parmi vos «favoris», vous permettra de retrouver rapidement ce blog.

Le sacrifice que nous faisons là à la mode (du blog) ne nous empêchera pas de garder la tête froide et d'appréhender l'essaimage de la communication à tous les champs de la vie sociale avec une certaine distance critique, voire avec une distance critique certaine.

26 mai 2006

Bibliographie générale

  • Francis Balle, Les Médias, coll. "Que sais-je ?", PUF, 2006
  • Francis Balle, Médias et Sociétés, Montchrestien, 12e édition, 2005
  • Daniel Bougnoux, Introduction aux sciences de la communication, coll. "Repères", La Découverte, 2004
  • Philippe Breton, La Parole manipulée, La Découverte, 2006
  • Philippe Breton, L'Utopie de la communication, La Découverte, 2006
  • Philippe Breton et Serge Proulx, L'Explosion de la communication, coll. "Manuels", La Découverte, 2006
  • Philippe Breton, L'Argumentation dans la communication, coll. "Repères", La Découverte, 2006
  • Lionel Chouchan et Jean-François Flahault, Les Relations publiques, coll. "Que sais-je ?", PUF, 2005
  • Guy Debord, La Société du spectacle, coll. "Folio", Gallimard, 1996
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